L’assurance-emploi du Canada n’a pas été conçue pour la main-d’œuvre d’aujourd’hui – et cela se voit 

Lorsqu’Emersyn* a perdu son emploi à temps plein dans un organisme sans but lucratif et a présenté une demande de prestations d’assurance-emploi (AE), elle s’attendait à ce que le filet de sécurité sociale la rattrape. 

Ce ne fut pas le cas.  

« Ce n’était pas suffisant pour vivre », raconte cette résidente de la Nouvelle-Écosse. « Je recevais environ 800 $ toutes les deux semaines, et je devais étirer cette somme pour payer mon loyer, mon épicerie, mes services publics, les versements de ma voiture, le remboursement de mes dettes et mes dépenses quotidiennes. » 

Après quelques mois, elle a réussi à trouver un emploi à temps partiel dans le commerce de détail et a continué à recevoir des prestations d’AE en complément de son revenu. Mais là encore, le soutien était loin de répondre à ses besoins, notamment parce qu’elle devait se rendre au travail en voiture et payer le stationnement. 

« Le niveau insuffisant des prestations, même lorsque je cumulais un revenu d’emploi à temps partiel et des prestations d’AE, a eu d’importantes répercussions sur ma vie », explique-t-elle. « J’ai pris du retard dans le remboursement de mes dettes et j’ai manqué la plupart de mes paiements de façon répétée parce que je n’avais absolument aucun revenu disponible. J’ai dû faire passer certaines dépenses avant d’autres, allant parfois plusieurs semaines sans manger suffisamment chaque jour. » 

Emersyn ne s’attendait pas nécessairement à se retrouver en situation d’insécurité alimentaire. Après tout, elle avait pu poursuivre des études puis occuper un emploi à temps plein. Mais quelles que soient les circonstances, « personne ne devrait avoir à choisir entre se loger et pouvoir se nourrir convenablement », affirme-t-elle. « C’est un signe évident que le système, dans sa forme actuelle, n’est pas en mesure de soutenir les personnes qui en ont besoin. » 

« Manifestement, le système ne remplit pas son rôle » 

La réforme de l’assurance-emploi figure parmi les principales recommandations de politiques publiques formulées par Banques alimentaires Canada au gouvernement fédéral. Dans nos plus récentes Fiches de rendement sur la pauvreté, qui évaluent les efforts des gouvernements pour réduire la pauvreté et l’insécurité alimentaire, nos analystes soulignent que les prestations d’AE, qui représentent généralement au plus 55 % des gains assurables d’un travailleur, sont souvent insuffisantes pour couvrir les besoins essentiels. 

Ils rappellent également que l’AE a été « conçue pour un marché du travail de l’après-guerre caractérisé par des emplois stables à temps plein auprès d’un seul employeur », un modèle qui ne correspond plus à la réalité actuelle. À une époque où une part croissante du travail est exercée à temps partiel, sous contrat temporaire ou sous forme de travail autonome, « le programme couvre une proportion de plus en plus faible de travailleurs […] touchant de manière disproportionnée les jeunes, les personnes en situation de handicap et les Canadiens racisés », indique le rapport. 

Le gouvernement a souvent apporté des modifications temporaires à l’AE, mais il n’a pas encore mis en œuvre les réformes permanentes nécessaires.  

Selon Statistique Canada, plus de la moitié des 1,4 million de Canadiens qui étaient au chômage à un moment donné en 2024 n’étaient pas admissibles à l’assurance-emploi. Dans certains cas, cela s’expliquait par un départ volontaire de l’emploi, notamment pour retourner aux études. Mais près d’un demi-million de personnes étaient exclues parce que leur emploi n’était pas couvert par le programme, tandis que 137 000 autres n’avaient pas accumulé suffisamment d’heures assurables pour être admissibles. 

Pour combler l’énorme écart représenté par le premier groupe, Banques alimentaires Canada recommande ce qui suit : 

  • Renforcer l’application des règles relatives à la classification des travailleurs : lorsque des personnes sont considérées comme des « entrepreneures » alors qu’elles répondent en réalité aux critères d’un(e) « employé(e) », elles ne bénéficient pas des prestations auxquels elles ont droit, y compris l’assurance-emploi. Cette pratique est illégale, mais demeure répandue. 
  • Mettre en place des mécanismes permettant de percevoir les primes d’assurance et d’offrir une couverture d’assurance aux personnes qui sont véritablement des entrepreneurs, des travailleurs autonomes ou des travailleurs à la demande. 

Pour mieux protéger le second groupe de travailleurs exclus, soit ceux qui n’ont pas réussi à accumuler suffisamment d’heures assurables avant de perdre leur emploi, Banques alimentaires Canada demande au gouvernement d’abaisser le nombre total d’heures requises à 420. 

Quant au problème du niveau insuffisant des prestations, nous recommandons l’établissement d’un montant plancher d’au moins 450 $ et l’augmentation du taux de remplacement du revenu au-delà du taux actuel de 55 %. 

En résumé, Banques alimentaires Canada demande au gouvernement fédéral de mettre en œuvre une réforme structurelle permanente de l’assurance-emploi, qui élargirait l’accès au programme, améliorerait la suffisance des prestations et refléterait les réalités du marché du travail et du coût de la vie d’aujourd’hui. Ainsi, les travailleurs sans emploi seraient en mesure de satisfaire leurs besoins essentiels tout en se consacrant à leur requalification professionnelle ou à la recherche de nouvelles possibilités d’emploi. 

Pour sa part, Emersyn estime que les gouvernements devraient remplacer l’AE par un revenu de base universel. Elle convient toutefois que, si l’assurance-emploi doit être maintenue, « il faut alors augmenter la proportion du revenu versée aux bénéficiaires. » Et il faut aussi réduire les obstacles administratifs liés aux critères d’admissibilité. » 

« Mon dernier commentaire est simplement que je suis profondément déçue de l’[AE] telle qu’elle existe actuellement », conclut-elle. « Je reconnais qu’il s’agit d’une tentative de donner aux personnes ce dont elles ont besoin, mais le système ne remplit manifestement pas son rôle lorsque des personnes continuent d’être confrontées à des choix extrêmement difficiles. » 
 

Joignez-vous à l’appel en faveur d’une assurance-emploi moderne pour une main-d’œuvre moderne. 

*Nom de famille omis pour préserver la confidentialité.